5 ans ou la renaissance de la mère

Les 5 ans de l’enfant seraient un renouveau, disait-on. J’ai vérifié : on recommence à respirer, à courir (mal), à se regarder dans un miroir… et parfois même à redevenir soi.

Mamma Letter
3 min ⋅ 22/04/2026

Un jour, la marraine de ma fille m’a dit : les 5 ans de l’enfant sont véritablement un renouveau. Tu verras, tu sors d’un cycle.

Il est vrai qu’à l’orée de ses 5 ans, je respire mieux. Je respire plus. Comme si la vie — non, ma vie — avait enfin repris le dessus. Un peu comme un réveil de la nature à l’arrivée du printemps.

Ce discours est devenu une évidence quand, attablée un samedi en solo avec ma fille à une terrasse du 7e, sortant d’une énième activité, j’ai croisé l’une d’entre vous avec qui nous avions tant échangé au début de la vie de nos filles. Et puis… quatre ans avaient passé, et nous étions là, toutes les deux, à réaliser que nous n’avions pas pris le temps de nous connaître, alors que nous savions qu’on aurait pu être de grandes amies. Elle m’a annoncé son départ vers Rennes, mon cœur s’est contracté. Un chapitre se clôt, et des actes manqués apparaissent.

J’ai fait un petit retour sur ces cinq dernières années et sur tout ce qu’il pouvait y avoir dans ma vie que j’avais accepté, non pas par consentement, mais par absence de réalisme. La petite enfance te plonge dans un coma non artificiel qui te fait faire des focus avec une vision d’albinos. De nombreuses nanas sur les réseaux te font croire qu’on peut tout gérer, mais c’est un grand mensonge. Enfin, le curseur du mensonge se déplace. Nos mères mentaient sur la facilité de la parentalité ; nous ne mentons plus sur la difficulté, mais nous masquons les choses par mille subterfuges de working-pilates-matcha-mamma. Nos filles mentiront sur autre chose, pointant du doigt nos propres failles. On niera, mais intérieurement, on applaudira leur courage nouveau.

Bref, j’ouvre donc les yeux sur l’étendue du désastre et sur des choses qui peuvent m’animer à n’importe quel moment… 23h : « Chéri, je ne supporte plus la moisissure de la salle de bain. ». Et il me répond de manière laconique le nez sur son smartphone, “sérieusement que pouvons nous faire de cela à 23H?!”

Autre exemple, nous avons finalisé notre cuisine cinq ans plus tard… ce qui fait que notre cuisine est dorénavant bicolore. Je réalise l’incohérence de l’agencement de notre chambre, mais l’arrivée de ma fille avait totalement basculé la vision des choses…enfin, j’avais acté d’un minimalisme par défaut faisant des pieds et des mains pour avoir une commode immense, qui aujourd’hui, admettons-le n’est pas du tout pratique. Comme diraient les jeunes, j’avais pas la D.A à cet instant.

Il y a la vision professionnelle qui change aussi. Le freelance était un eldorado, ne plus avoir de patron allégeait mon post-partum. Aujourd’hui, même si je gagne bien ma vie, je réalise que ce n’était pas un choix stratégique mais un confort mental. À 41 ans, je voudrais reprendre la route d’un bureau et de collègues.

Et puis tu te regardes toi-même dans un miroir. Cinq ans que je ne le faisais pas vraiment. Il n’y a d’ailleurs, dans cet appart acheté pendant la grossesse, qu’un seul miroir… dans la salle de bain moisie. Maintenant, je reprends goût à me pomponner. J’ai d’ailleurs développé une véritable addiction à Dior Beauty et à son corner au Printemps, où je viens me réfugier pour retrouver un glow d’antan. Et j’y claque mes petites économies… Une trousse à maquillage de compèt. Et c’est ainsi que l’autre matin, dans la fenêtre de tir des 12 minutes que je m’accorde pour me préparer, j’ai réalisé combien ces produits étaient un vrai moment de bonheur dans ma journée. 12 minutes…

J’ai repris le running, un peu comme tous les quadragénaires de France qui ne quittent plus leur famille mais vont hurler leur désespoir dans des cours d’Hyrox, et pleurent, non pas des larmes de joie à l’arrivée d’un semi, mais bien celles qu’on ne peut pas s’accorder quand on réalise qu’on a déjà 40 ans. Déjà, putain.

Ma trentaine, je l’ai finie sans fulgurance, mais dans des couches de caca et des nuits sans sommeil.

Alors je cours moi aussi. Pour vivre mieux, pour performer ailleurs que dans l’éducation et les réunions de parents… mais je souffre, je n’y prends aucun plaisir. À ma première course, j’ai vu le moment où j’allais abandonner et j’avais envie d’hurler aux gens qui m’encourageaient sur le côté : « Je ne sais pas pourquoi je fais çaaaaaa ! Putain mais c’est quoi le plaisir ?! »

J’ai terminé dans les derniers, rouge comme un homard congestionné, mais je l’ai finie. Ma vraie déception, ne pas avoir de médaille, comme une enfant de 5 ans, ça m’a peiné.

Néanmoins, c’est pareil pour le post-partum, je peux le dire : j’ai fini mais encore une fois médaille. Saleté de vie !

Alors maintenant, quand je vois une jeune mère mal coiffée, fatiguée, qui pousse un petit bébé, j’ai envie de lui dire : « T’inquiète, un matin tu vas te lever et ce sera passé… C’est dans cinq ans… mais ça va arriver… », et j’ai envie de vous recommander de vous préparer votre médaille, un beau cadeau … moi c’est ma trousse à maquillage à 500 balles ;).

A tantôt.

Mamma Letter

Par Maëva Chx

Je suis une mère de 40 ans, consultante en marketing, chroniqueuse à mes heures, autrice parfois, et observatrice compulsive du quotidien.

J’écris depuis toujours. Avant c’était les supers-connards maintenant c’est la daronnie. Demain, qui sait, ça sera la vieillesse et la ménopause …

Longtemps j’ai cru que les grandes histoires étaient ailleurs. Puis j’ai compris qu’elles se logeaient dans le banal : les actes manqués, les renouveaux discrets, les contradictions qu’on porte, les choses qu’on tait entre femmes. Je suis une amoureuse du quotidien qui avec de jolis mots devient chevaleresque.

Parce qu’au fond, je crois que le quotidien mérite d’être raconté.

Sinon, retrouvez moi sur @mammaganglyon sur Insta 💗